NAPOLEON, L'AMAZONIE ET MOI

Récit

par Jean Soublin

 

CHAPITRE II

J'ai divagué sur la plage l'autre jour, l'extase ensoleillée m'a fait voir un livre original, passionnant et facile à écrire : promenade littéraire sur une promenade militaire du passé. L'excitation n'a pas cessé depuis mon retour à Paris. Dans ma tête les images virevoltent et les mots - déjà ! - cliquettent. D'impérieuses silhouettes gesticulent pour devenir des personnages, des idées se cognent contre des désirs. Ma conscience est un bouillon tiédi où la vie - une sorte de vie - prolifère sans ordre, sans autre but que de se faire remarquer, entendre et retenir. Tout vibre, j'ai envie d'écrire, et c'est délicieux. Question de chimie, à coup sûr : l'hormone de l'écrivain qui gicle de quelque glande littéraire, je connais. Plus tard, on déchante.

Parmi tant de voix, je distingue celle de l'impatience, ma vieille et brouillonne ennemie.

- Commence dès aujourd'hui, mais commence donc! fonce! tu verras bien ensuite comment tu t'en sortiras.

- Paix ! d'autres sans doute procèdent ainsi et s'en trouvent bien. Pas moi. J'ai besoin de porter mon livre pendant des mois avant de passer à l'écriture ; tout ou presque se passe pendant cette gésine.

- Balivernes ! tu sais que tes plus belles pages ont jailli spontanément. Tu as cent fois proclamé que le geste d'écrire, par une magie mystérieuse, t'ouvrait les portes de l'inconscient.

- Paix, te dis-je. Cet inconscient dont tu parles à la légère sans savoir au juste ce qu'il est, je dois longuement le nourrir en ne faisant rien que lire et méditer, admirer des tableaux, écouter des musiques, ou même en musardant sans pensr à rien. Tu ne comprends pas cela, vieille impatience. Moi non plus, mais c'est ainsi. Laisse-moi réfléchir.

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