Je t'écris au sujet de Gracchus Babeuf

par Jean Soublin

 

LE DEBUT

 

Tu te demandes pourquoi je t'écris : est-ce que je sais, moi ? Non, je ne te connais pas. Je t'ai souvent croisé, pourtant : dans la rue, les transports en commun, au cinéma. Tu changes souvent d'allure, de tenue, de couleur de peau, et même de sexe, mais tu as toujours cet abattement que j'ai trop longtemps confondu avec de la veulerie. Jusqu'au jour où j'ai aperçu dans tes yeux un éclair qui m'a intéressé. J'ai cru y reconnaître une volonté, une révolte contre le monde tel qu'il est, et j'ai commencé à réfléchir sur ton compte. Non, tu ne m'as jamais vu : est-ce qu'on regarde un vieux monsieur ? L'envie m'est venue un peu plus tard de t'aider, avec mes pauvres armes d'érudit et de conteur. Comme je crois que tu te sens seul, je me suis dit que tu trouverais peut-être du réconfort en apprenant que d'autres, avant toi, ont ressenti à peu près ce que tu sens. Ils sont très nombreux, tu sais : seul dans ta chambre, tu n'es pas seul dans l'Histoire, loin de là. J'ai un peu cherché. Il me fallait pour te frapper, choisir mon exemple dans une période qui ressemble à la nôtre. J'ai trouvé, je crois. Je te propose l'histoire d'un homme qui n'était pas d'accord avec le cours des choses dans son pays, la France, à son époque, celle du Directoire, il y a deux cents ans.

 

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